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Musique classique et opéra par Classissima

Claude Debussy

lundi 26 septembre 2016


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23 septembre

Le blog-notes de Claude Samuel L’opéra superstar – L’illustre Cavalli – Le sulfureux Héliogabale – Les fantasmes de Franco Fagioli – « Vous méritez un avenir meilleur »

Les blogs Qobuz Martin Matalon ou quand l’Amérique latine débarque à Rennes… (Ph. Patrizia Dietzi) Opéra-ci, opéra-là, comment y échapper ? Cet opéra, dont certains d’entre nous avaient, dans les années soixante, assez imprudemment je dois dire, tourné la page, est flamboyant. Un peu répétitif, certes, dans son répertoire, et parfois mis à toutes les sauces par des metteurs en scène bourrés de talent, mais iconoclastes revendiqués. Tout de même, en ce début de saison, nous avons le choix entre la Katia Kabanova de Janacek en novembre au Théâtre d’Avignon, le Rake’s progress de Stravinsky à Caen, l’Orfeo de Monteverdi à Dijon, la Cenerentola de Rossini à Lille, Pelléas et Mélisande à Limoges, L’Ange de feu (un sommet dans l’œuvre de Prokofiev, j’en reparlerai !) à Lyon, le Hamlet d’Ambroise Thomas (oui, il faut de tout pour faire un monde…) à Marseille, Le Triptyque de Puccini à Metz, Cosi fan tutte à Rouen, le très étrange Tour d’écrou de Britten à Strasbourg, Béatrice et Bénédict de ce pauvre Berlioz, qui n’eut jamais de chance en France avec ses œuvres lyriques, au Capitole de Toulouse, la Lucia di Lammermoor de Donizetti à l’Opéra de Tours et la création à Rennes (oui, une création mondiale !!!) de L’ombre de Venceslao, opéra écrit par Martin Matalon, un compositeur qui, venu de son Argentine natale, est aujourd’hui l’une des valeurs sûres de l’Ircam ; on reste dans la famille sud-américaine avec Copi, à l’origine du livret, et Jorge Lavelli pour la mise en scène : représentation où l’on nous promet « humour, tendresse et noirceur ». Spectacles que vous ne manquerez pas si, outre Rennes, vous habitez à Toulon, Reims, Avignon, Clermont, Toulouse, Bordeaux ou Montpellier. Francesco Cavalli (1602-1676), le héros du baroque vénitien (DR) Le baroque vénitien Au moment où la culture crie misère, l’opéra n’est tout de même pas si mal loti ! Je dirai même qu’à Paris, à Garnier actuellement, il est somptueusement servi. Là aussi avec une création, mais d’un compositeur mort il y a quelque trois cents quarante ans : l’illustre Francesco Cavalli (1602-1676), un représentant du baroque vénitien qui, suivant les traces de Monteverdi dont il fut l’élève, a composé quarante-et-un opéras, dont, parmi les vingt-sept qui nous sont parvenus, Ercole Amante, écrit à la demande de Mazarin à l’occasion du mariage de Louis XIV avec Marie Thérèse d’Autriche, et Eliogabalo, donné actuellement (et jusqu’au 15 octobre) à Garnier, le dernier de la série, qui fut à l’époque mis en répétitions à Venise, mais laissé pour compte en cours de route – le personnage-titre de l’opéra ayant vraisemblablement trop de turpitudes à son actif… Néron aussi, dont s’empara Monteverdi… L’Empereur de Rome (Franco Fagioli) aux pieds de Gemmira (Nadine Sierra), femme convoitée (Ph. Agathe Poupeney/Opéra de Paris) Héliogabale est un personnage historique dont la réputation est plus que sulfureuse ; empereur de Rome en 218, à quatorze ans, il exerça tous les pouvoirs jusqu’à sa mort, quatre ans plus tard ; Edward Gibbon évoque dans l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain « un homme voluptueux […] dont les amusements favoris consistaient à défier les passions et les préjugés de ses sujets et à fouler aux pieds toutes les lois de la décence et de la nature, qui se livra sans retenue aux débauches les plus grossières. » Un librettiste, dont on a oublié le nom, s’est jeté avec bonheur sur ce personnage sulfureux dont la sexualité ambiguë nourrit à Garnier l’imagination de Thomas Jolly, responsable de la mise en scène. Une œuvre de styliste dont l’invention s’appuie largement sur le travail très sophistiqué d’Antoine Travert, l’homme des lumières… Ne cherchons pas, malgré les sous-titres, à suivre tous les rebondissements d’une affaire tortueuse. Franco Fagioli, notre Eliogabalo, est, comme il se doit, un contre-ténor qui étale sans restriction ses fantasmes… Le spectacle, en coproduction avec l’Opéra d’Amsterdam, dure trois heures – une durée raisonnable pour l’époque. Ce n’est tout de même pas l’émotion monteverdienne, encore moins la fantaisie mozartienne qui se fera attendre un grand siècle. D’après Verdi C’est aussi un opéra, un ouvrage lyrique ultra-classique qui est installé au Théâtre des Bouffes du Nord (jusqu’au 15 octobre). Une Traviata sous-titrée « Vous méritez un avenir meilleur », agrémentée d’une précision : « d’après La Traviata de Giuseppe Verdi ». Référence : dans ce même lieu, Peter Brook a monté jadis une Carmen d’anthologie d’après Bizet, suivie par un Pelléas et Mélisande d’après Debussy, une Flûte enchantée d’après Mozart. Toutes transpositions impossibles sur une vraie scène d’opéra mais, notamment pour La Traviata, idéale dans ce lieu vermoulu où peuvent librement s’effilocher les souvenirs. De surcroît, La Traviata est là, en la personne de Judith Chemla, une merveilleuse chanteuse-comédienne d’une présence obsédante. L’ensemble où, musicalement et scéniquement, tout s’entremêle, est organisé avec autant de fermeté que de subtilité par un spécialiste des spectacles décalés : Benjamin Lazar, qui, depuis certain Bourgois Gentilhomme à la bougie, n’arrête pas de décanter nos classiques. Ce n’est ni un pastiche, ni un pied-de-nez mais avec neuf musiciens seulement (flûte, clarinette, violoncelle, contrebasse, accordéon, trombone, cor et violon) de libres variations. Et c’est magnifique ! La Violetta des Bouffes, telle qu’une version épurée nous la restitue… (Ph. Pascal Victor) Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans le magazine Diapason de septembre 2016 : « Ce jour-là, 14 décembre 1784 : Mozart entre dans la franc-maçonnerie »

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22 septembre

Chostakovitch transcendé par le Quatuor Debussy

Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Elégie ; Quatuor à cordes n° 5 en si bémol majeur op. 92 ; Quatuor à cordes n° 8 en do mineur op. 110 ; Quatuor à cordes n° 11 en fa mineur op. 122. Quatuor Debussy. 1 CD Evidence Classics. Enregistré au Temple Lanterne (Lyon) en septembre 2015. Durée : 70’.




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16 septembre

Compte rendu, concerts. 37 ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias.

Compte rendu, concerts. 37 ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins. Les 6 et 7 septembre 2016. R. Goode, C.Zacharias. La fin des vacances et la rentrée des petits et grands ne représente pas le meilleur moment de l’année. Pourtant à Toulouse la rentrée est source de joie par le début du Festival Piano aux Jacobins. Le cadre du Cloître des Jacobins, la météo clémente, créent depuis 37 années le développement de soirées musicales d’exception. Ensuite un tuilage avec la saison symphonique de la Halle-aux-Grains dans un concert commun lance la riche saison musicale toulousaine et tout s’enchaîne. Cette première semaine nous a permis d’assister aux deux premiers concerts placés sous une météo des plus estivales. Le 6 septembre 2016 ; Richard Goode, piano. Richard Goode a une nouvelle fois ouvert le festival. Cet invité régulier du festival représente le fleuron de l’école américaine de piano. Sa présence en Europe est bien trop rare car ses activités dans le nouveau monde sont multiples, entre autre il est le co-fondateur du prestigieux festival de Marlboro. En 2011, nous avions été subjugués par la musicalité de cet immense artiste. Ce soir n’a pas été placé sous le signe de cette musicalité d’altitude. Si les moyens du pianiste sont toujours aussi fascinants, une ligne de force constante et une certaine dureté ont dominé ses choix interprétatifs. Dans la sonate de Mozart, la frappe ferme et une sorte de raideur ont certes mis en lumière la noirceur contenue dans l’oeuvre mais ont empêché de déguster le charme et l’élégance que la Sonate contient. Les pièces extraites du Sentier herbeux de Janacek ont été toutes comme lissées sur un même moule, dans une même lumière et une unique couleur un peu vague. Cela a créé une belle respiration dans le programme. Ensuite la violence de son Brahms a surpris par le manque de sentiment. Un Brahms noir et puissant sans concession. La richesse harmonique, la complexe charpente des pièces a été dessiné avec art, mais sans la moindre souplesse et tout romantisme a été absent. Les extraits du Livre II des Préludes de Debussy ont été abordés avec une sonorité pleine, beaucoup de pédale, une franchise de ton qui a évité la subtilité de couleurs attendue. L’effet est étrange car c’est comme si une sorte de saturation, de lumière constamment solaire empêchait cet esprit français si sensible dans les compositions de Claude de France, de se révéler. En fin de programme, dans le grande Sonate n°31 de Beethoven, Goode a été royal et triomphant soulevant l’enthousiasme du public. Ce grand spécialiste de Beethoven, qui a gravé sonates et concertos dans des versions acclamées, a dominé avec puissance la belle partition. Son Beethoven est charpenté et incisif, parfois un peu massif mais toujours irrésistible. La structure comme dégagée au scalpel, avec des graves très sonores permet une interprétation majeure. La grandeur beethovénienne a été ainsi portée au firmament par un pianiste aux moyens vertigineux dans une cataracte sonore très impressionnante. Le 7 septembre 2016 ; Christian Zacharias, piano. Le lendemain le concert de Christian Zacharias a été tout autre. D’aucun ont été amené à penser que le piano avait dû être changé… C’est cela la richesse de ce festival : proposer de soirs en soirs des visions si différentes de la musique sur un seul et même piano. Christian Zacharias et un musicien complet, soliste, chambriste, chef d’orchestre et compositeur. Dans sa présence au piano et dans ses interprétations cette complémentarité musicale est présente. Il a fait le choix d’un programme surprenant abordant deux compositeurs plutôt réservés aux clavecinistes. Son bouquet de Sonates de Scarlatti a permis un développement de subtilités de couleurs, des tempi nuancés, tout à fait inhabituels. La fantaisie a été le maître mot de cette interprétation si personnelle qui jamais n’a manqué d’élégance et a su doser une certaine pointe d’humour. Le changement de couleurs, de toucher et l’aération dont son jeu a été porteur, ont construit une interprétation lumineuse et délicate de la Sonatine de Ravel. Christian Zacharias rend clairement à la fois l’hommage aux anciens contenus dans la pièce de Ravel, et toute la modernité du propos. Un grand art de musicien. En effet rendre limpide le texte et le sous-texte musical avec cette simplicité est admirable et rare. Les Sonates de Padre Soler ont également été pleines d’esprit et de malice. La main droite d’une présence incroyable a signé l’atmosphère hispanique des sonates. Cette mise en lumière de l’architecture avec cette jubilation a créé un moment aussi léger que spirituel plein de bonheur. Avec la dernière partie consacrée à Chopin, le génial interprète a comme ouvert une dimension supplémentaire en terme de puissance émotionnelle et d’immenses moyens pianistiques assumés. Les Mazurkas sont des partitions difficiles en ce qui concerne le sentiment et l’interprétation dans une mélancolie luttant contre le plaisir du souvenir passé. Plus que les Polonaises, elles chantent l’attachement de Chopin à son passé polonais. L’esprit et la délicatesse des phrasés, la beauté des couleurs, le rubato élégant, tout un monde de poésie est né sous les doigts magiques de Christain Zacharias. Et que dire de la virtuosité fulgurante, et la puissance orchestrale dont il est capable ! Un musicien d’exception a enchanté le piano, comme le cloître pour la plus grande joie du public (concert complet ayant refusé du public). Il est certain que le concert de Christian Zacharias avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole le 17 septembre prochain à la Halle-aux-Grains atteindra des sommets de musicalité avec le si extraordinaire 5ème Concerto de Beethoven ! Merci à Catherine d’Argoubet qui sait programmer des artistes si beaux et si divers avec cette constance dans la stimulation de l’écoute. Compte rendu concerts. 37 ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins. Richard Goode et Christian Zacharias. Le 6 septembre 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Leos Janacek (1854-1928) : Sur un sentier herbeux, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : 6 pièces Op.118 ; Claude Debussy (1862-1918) : Extraits du livre II des préludes ; Ludwig Van Beethoven (1770- 1827) : Sonate pour piano n°31 en la bémol majeur, Op.110 ; Richard Goode, piano. Le 7 septembre 2016 ; Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates en mi majeur K.162, en do mineur K.226, en mi bémol majeur K183, en fa mineur K. 183, en fa mineur K.386 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Padre Antonio Soler (1729-1783) : Sonates en sol mineur N°87,en ré mineur N°24, en ré majeur N°84, en ré bémol majeur N°88 ; Fréderic Chopin ( 1810-1849) : Scherzo N°1 en si mineur, Op.20 ; Mazurkas N°1 en ut dièse mineur,Op41, en la mineur, Op. Posthume (KK2B n°4), en la mineur Op.17 n°4 ; en ut dièse mineur Op.30 n°4 ; Scherzo en si bémol mineur, Op.31 n°2 ; Christian Zacharias, piano.



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12 septembre

CD, compte-rendu critique. MUSES : Isabelle Druet / Orchestre Victor Hugo Franche Comté. Jean François Verdier (1 cd Klarthe 2015)

CD, compte-rendu critique. MUSES : Isabelle Druet / Orchestre Victor Hugo Franche Comté. Jean François Verdier (1 cd Klarthe 2015). Alma Mahler (1879-1964) vit et compose toujours à l’ombre de son premier époux Gustav Mahler, l’inventeur de la Symphonie du XXè ; créatrice de ce fait frustrée, en épouse conforme tenue muselée, Alma fut néanmoins une « muse », une égérie au fort pouvoir stimulateur que son mari ne pouvait écarter, chacune de ses 9 Symphonies sont imprégnées de la figure et de la présence de sa chère Alma… Le timbre « viril », moelleux et cuivré de la mezzo Isabelle Druet, que l’on a connue en terres lyriques baroques (VOIR notre reportage vidéo Tancrède de Campra par Isabelle Druet, sublime incarnation de mai 2014 à Versailles) , affirme ici dans ce programme d’une forte et belle cohérence poétique, une sensibilité intérieure, allusive et même ciselée à l’écoute de toutes les images souterraines que véhiculent les poèmes / lieder mis en musique par Alma Mahler. Les Quatre poèmes recréés au début du programme témoignent de la force expressive et dramatique d’une grande compositrice, laquelle après son mariage avec Mahler en 1902, reprend néanmoins la plume après que Freud à Vienne lors d’une entrevue avec Gustav, en 1910, explique au mari trop autoritaire et exclusif, les bénéfices d’assouplir le traitement qu’il inflige à son épouse. Ainsi les poèmes joués sur le disque, confirme qu’Alma déborde d’une riche inspiration, plus proche de son ancien professeur Zemlinsky que des constructions symphoniques et expressionnistes de son mari trop étouffant. Alma Mahler, Debussy, Zemlinsky… Jean-François Verdier et Isabelle Verdier disent le mystère féminin De l’interprète féminine à l’écriture de sa « consœur » musicienne, s’écoule un miel à la fois allusif et capiteux qui dit autant l’extase que le poison d’une passion maudite. Pour orchestre, les 4 sublimes textes poétiques et orchestraux d’après les vers de Richard Dehmel (celui-là même qui inspire à Schoenberg sa Nuit Transfigurée), Bierbaum, et Rilke imposent le goût et le tempérament d’une Alma, fine lectrice des textes les plus inspirés sur le sujet du drame intime : vision nocturne d’une ville embrumée (1), nuit encore, profonde et mortifère, étrange et silencieuse (2), extase sylvestre (3), étreinte et silence amoureux (4)… La voix de la mezzo habitée, subtile ambassadrice des tensions implicites (2) instille dans cette tétralogie poétique, couleurs et éclats qui valent pépites au sein d’une série de tableaux émotionnels, à la fois tragiques, enchantés, où le mystère pèse aussi à chaque vers. L’Orchestre Victor-Hugo porte bien son nom, qui cultive comme le double enivré de la chanteuse, un caractère d’envoûtement secret. Toujours enclin au rêve et au songe, dans l’implicite et l’ineffable, jamais explicite, mais d’une exceptionnelle activité expressive. La fusion entre instruments et voix est idéale, d’autant plus équilibrée et dialoguée que le prise de son est parfaite. Forêt inquiétante et consolatrice à la fois, femme mystérieuse et atmosphère imprécise entre rêve ou cauchemars, l’énigme est aussi au cœur du Pelléas et Mélisande de Debussy, dont les musiciens franc-comtois abordent la Symphonie d’après l’opéra créé en avril 1902. C’est l’année où Alma épouse d’ailleurs Gustav : ainsi est scellée la cohérence du programme qui met en résonance des oeuvres apparemment déconnectées. Dans cette synthèse de Pelléas de plus de 20 mn, -conçue par Marius Constant-, le chef fondateur du collectif orchestral, Jean-François Verdier dévoile une superbe écoute intérieure là encore à toutes les significations du texte musical : expression de la psyché qui affleure et se dérobe en permanence, le flux instrumental glisse et ondule comme une soie insaisissable mais portée par une activité psychique irrésistible à l’élan irrépressible… Intégrée dans la logique du programme Alma Malher / Debussy / Zemlinsky et mise en regard du drame intime des époux Mahler, la Symphonie Pelléas semble traduire les épisodes de la tragédie domestique qui se joue alors entre eux et dès leur noces en 1902 : inéluctable implosion qui débouche ensuite sur le remariage d’Alma avec celui qui est devenu sont amant, l’architecte (et très beau) Walter Gropius. D’une délicatesse d’intonation, jouant sur la multitude des plans sonores, trouvant cependant ce liant organique qui permet la réalisation du cycle dans sa continuité, le geste de Jean-François Verdier exprime parfaitement le drame souterrain d’une partition océan, au verbe progressif et ininterrompu. La clarté des plans, le contrôle des timbres, leur lisibilité, la transparence de la pâte orchestrale, la conception architecturée et coulante affirment l’excellent niveau de l’Orchestre fondé il y a 6 années, en 2010. Doué d’une écoute intérieure (le sceau de l’interprétation défendue dans ce programme), capable de résonances millimétrées, faisant surgir la matière de l’ombre et ce tissu sonore spécifique proche du mystère, chef et orchestre captivent d’un bout à l’autre de ce formidable condensé/synthèse de l’opéra de Debussy. En conclusion et propre aussi à l’année 1902, comme la conception du Pelléas Debussyste, les interprètes ont choisi les 6 poèmes / Lieder de Zemlinsky d’après Maeterlinck : l’opus 13 enrichit encore la figure de la femme chez Maeterlinck, toujours parfaitement imprécise, éternellement insaisissable, d’une complexité contradictoire et troublante… comme la Mélisande de Pelléas. Le velours de la mezzo d’Isabelle Druet éclaire chaque épisode d’une couleur humaine que les textes d’inspiration médiévale et symboliste tendent à diluer. En brumes esquissées mais densément expressives, chacun des sujets évoqués confirme la puissante activité d’une féminité toujours complexe, dont la diversité des visages, attentes, désirs, obsessions, réitérations dit la nature inexprimable. Dans sa version pour piano et voix, le cycle éclaire la formidable invention du compositeur viennois, proche de Schoenberg et de Mahler, mais plus perméable qu’eux, à l’héritage de Brahms, Schumann, Schubert. Le raffinement des constructions harmoniques, la puissance de l’écriture évidemment imposent le génie de Zemlinsky, génie des atmosphères enivrées, envoûtantes. Une manière scintillante et diaprée qui répond idéalement aux images sophistiquées d’un Maeterlinck, pénétrée par la figure de l’idéal féminin, aussi incompréhensible que fascinante. Comme dans son drame Pelléas, la femme est une énigme que sa poésie et que le musique de Zemlinsky expriment avec une exceptionnelle acuité ; la brillance et la sensibilité de la diseuse Druet se manifestent clairement et dans la finesse des couleurs, comme dans la maîtrise de l’allemand. Suavité mystérieuse, langueur extatique, nostalgie empoisonnée… toutes les nuances de la passion et du désir féminin sont incarnées par une cantatrice maîtresse de ses moyens, douée d’une irrésistible plasticité vocale. D’autant que le piano de Anne Le Bozec s’accorde à ce travail de précision où la couleur intérieure triomphe toujours. Superbe programme, interprètes inspirés à l’intonation juste et allusive. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016. CD, compte-rendu critique. MUSES : Alma Mahler, Zemlinsky (*) : lieder. Debussy : Symphonie Pelléas et Mélisande (Marius Constant). Isabelle Druet, mezzo. Orchestre Victor Hugo franche Comté. Jean François Verdier, direction. Anne Le Bozec, piano (*). 1 cd Klarthe (KLA 026) , enregistré en juillet 2015 à Besançon. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

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9 septembre

Le blog-notes de Claude Samuel Messiaen à Petichet – Concerts en Mathésine – Claude Lévi-Strauss – L’ethnologue et l’opéra

Le doux Olivier Messiaen (1908-1992) pouvait être très véhément… (Ph. Claude Samuel) Le premier week-end de la saison estivale, au moment où les mélomanes affûtent leurs grandes oreilles pour découvrir la musique de leurs classiques favoris avec le charme du plein air en prime, c’est la mémoire d’un de nos illustres contemporains qui a été célébrée là où, pendant des décennies, il se réfugia pour composer, devant les paysages du Dauphiné qui furent l’une des sources de son inspiration : Olivier Messiaen à Petichet ou l’histoire d’un lieu secret. Après le décès de Messiaen (en 1992), et plus encore après la disparition de la pianiste Yvonne Loriod, sa seconde épouse, en mai 2010, le statut futur de ces trois maisons, au confort très rudimentaire (mais Messiaen n’en demandait pas plus…) avec vue imprenable sur le lac de Laffrey, s’est posé. Il a été soumis à la réflexion du conseil d’administration de la Fondation Olivier Messiaen (auquel j’ai l’honneur d’appartenir), fondation sous égide de la Fondation de France, et la décision de sauvegarder ce lieu de mémoire a été prise – après restauration, laquelle nécessita du temps et de l’argent. Olivier Messiaen et Roger Muraro. L’œil du Maître (DR) Loin des bruits du monde Il aura fallu six années pour que la Fondation de France s’accorde avec des partenaires régionaux et que les droits d’auteur d’une œuvre, toujours régulièrement à l’affiche à travers le monde, génère une somme suffisante pour que les travaux soient menés à bonne fin. Ayant visité les lieux avant et après – mais pas du vivant du compositeur lequel, déjà pas très mondain de nature, n’acceptait personne à Petichet où, très loin des bruits du monde, il ne disposait même pas d’une ligne téléphonique –, j’ai été surpris et enchanté. Les trois maisons réparties sur le site ont bénéficié d’un toilettage complet, prêtes à accueillir des jeunes pianistes qui, sous l’œil avisé de Roger Muraro, élève d’Yvonne Loriod et magnifique interprète du Catalogue d’oiseaux et autres Regards, deviendront à leur tour, en quelque sorte, les gardiens du temple. Messiaen, qui fut le grand pédagogue que l’on sait, aurait aimé. Les clés du lieu ont été remises officiellement par Philippe Lagayette, président de la Fondation de France, à Joël Pontier, président de la Communauté des communes de la Mathésine, devant un public très mobilisé ; là aussi, Messiaen aurait apprécié qu’en dehors des incontournables spécialistes, la population régionale découvre ses œuvres, son rayonnement, ses leçons, son amour des oiseaux et des couleurs, la force d’une foi inébranlable, et même ce lieu secret métamorphosé. Et la musique a suivi, la musique déclinée au cours d’une dizaine de concerts qui nous ont permis de découvrir de magnifiques paysages et quelques lieux somptueux – le plus inattendu, le plus spectaculaire étant sans conteste, à 1.800 mètres d’altitude, le sanctuaire de Notre-Dame de la Salette. Affluence record pour un programme d’une incroyable beauté : de larges extraits des Vêpres de la Vierge de Monteverdi avec l’Ensemble Orchestral Contemporain, le Chœur Britten et le Jeune chœur symphonique sous la direction de Daniel Kawka et les Trois petites liturgies de la Présence divine , une pièce de collection qui me permit de découvrir jadis la musique de Messiaen et qui est aujourd’hui retranchée dans les pièces d’archives. Une dizaine de concerts Messiaen, autour et alentour, se sont succédé, habilement mitonnés par Bruno Messina, le directeur de l’Agence Iséroise de Diffusion artistique, programmateur avisé, qui fait chaque année ses preuves au Festival Berlioz de la Côte Saint André. Après cette inauguration réussie, et ce n’était pas évident, Bruno Messina aura en mains les activités des maisons Messiaen de Petichet, et c’est une excellente nouvelle. Dieu sait que nous l’avions attendu, souhaité ! L‘ethnologue et la musique Lecture de l’été, en attendant la rentrée du Prix des Muses, auquel France Musique va désormais s’associer, le très consistant Lévi-Strauss d’Emmanuel Loyer, publié l’année dernière dans les « Grandes biographies » de Flammarion. Je ne reviendrai pas sur le structuralisme, dont Claude Lévi-Strauss fut l’inspirateur — structuralisme qui n’est tout de même pas si éloigné du langage musical adopté par les jeunes compositeurs des années soixante —, mais je n’évoquerai qu’un paradoxe : Lévi-Strauss, un pionnier dans son domaine, adorait la musique, la musique d’hier et d’avant-hier. Dans Regarder écouter lire, il parle de ses prédilections : Rameau, Debussy, Ravel… Pas un mot sur Varèse, Messiaen, Boulez ou Xenakis. Il fréquentait régulièrement les salles de concert et aimait aller à l’opéra jusqu’au jour où il mit un terme à cette noble activité. « Je ne vais plus à l’opéra, pressentant que le vaisseau sombrera sous le poids intolérable d’une mise en scène et de décors qui insultent à la fois le poème et la musique […] Des metteurs en scène sans culture ou nourris d’idées fausses font se traîner les dieux et les héros wagnériens à ras de terre, ils les mobilisent au service des idéologies du moment. C’est un grossier contresens »… Oui, notre éminent ethnologue (et académicien) allait droit au but ! Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans le magazine Diapason de septembre 2016 : « Ce jour-là, 14 décembre 1784 : Mozart entre dans la franc-maçonnerie »

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