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Musique classique et opéra par Classissima

Claude Debussy

mardi 6 décembre 2016


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3 décembre

CD, compte rendu critique. INVOCATIONS, Katia & Marielle Labèque, pianos. Stravinsky, Debussy (Deutsche Grammophon, 2016)

Classiquenews.com - Articles CD, compte rendu critique. INVOCATIONS, Katia & Marielle Labèque, pianos. Stravinsky, Debussy (Deutsche Grammophon, 2016). Le Sacre dans sa parure brute, âpre pour deux pianos de 1913 accuse les arètes vives du génie franc de Stravinsky : c’est d’abord une sorte de déconstruction à deux voix, d’où surgit peu à peu au sein d’un maestrum originel, – sorte de puissance motrice matricielle, lourde, chargée, éruptive, d’une rare violence (déflagration des Augures printaniers)-, l’esprit de la pulsion première, primitive, archaïque ; la folie voisine avec l’obsession, la transe avec la fureur destructrice, celle des bacchantes (déchiquetant le corps du pauvre Panthée par exemple). La lecture suppose une très intéressante réflexion du Sacre, sa transposition sonore : entre Eros et Thanatos, désir et mort ; exaltation, sacrifice. Mer des instincts les plus sauvages où s’insinue aussi une ivresse éperdue, comme désespérée (« Rondes printanières », quasi disloquées, effilochées), jusqu’à l’exténuation de « Jeu des cités rivales » et la transe panique très incisive comme des éclairs tranchants, du dernier épisode de la partie I : « Danse de la terre ». Avec le deuxième volet du cycle (« Le Sacrifice »), les deux Sœurs installent un climat plus inquiétant : étrangeté superbement allusive du « largo » introductif (plus de 4 mn d’interrogation spatiale, temporelle, sonore…) : l’effet est saisissant et montre qu’il n’est pas besoin d’un plein orchestre pour exprimer la profonde inquiétude humaine, la perte de toute espérance, le renoncement à toute innocence : c’est pour nous l’instant où se joue tout le drame, le plus bouleversant du cycle, s’achevant avec la petite phrase initialement confiée au violoncelle… Car l’inéluctable peu à peu s’impose dans les 5 séquences qui suivent : affirmation à nouveau progressive, féline, ondulante…, d’une terrible mécanique, parfois semblant déréglée, mais surexpressive dans cette instabilité consciente, grimaçante, convulsive, – déchirée, …, qui chante l’inéluctable course au sang. Les deux pianistes rebattent les cartes du jeu chorégraphique, déplaçant les points centripètes de l’énergie expressive, redessinant d’un clavier à l’autre, le jeu des échos, des réponses d’un dialogue de plus en plus haletant : on se laisse alors entraîner dans cette course rituelle, tragique et libératoire dans l’ « Action des ancêtres », puis, dernier acte de la scène cathartique, la « Danse sacrale », introduite par une série d’acoups profondément déstabilisants : l’intelligence interprétative est là encore sidérante de justesse assumée, d’engagement à la fois glaçant et fascinant. C’est une lecture recréative d’une puissance millimétrée. Autant de palette de nuances crânement défendues affirme une compréhension intime de l’œuvre : la relecture et sur le plan de la transcription, la réécriture de chaque partie, compose une trame passionnante à suivre. Il était urgent et donc tout à fait légitime après écoute d’un tel choc sonore, d’exhumer la version originale pour deux pianos datée de 1913. Sans la présence de toutes les couleurs de l’orchestre que nous connaissons davantage, la force première de l’œuvre n’y perd rien, bien au contraire. Elle fulmine par sa sauvagerie canalisée. Des 6 Epigraphes antiques de Debussy, à la caresse suave contrastant très fortement avec les mondes sonores apocalyptiques de Stravinsky, affirment une toute autre spatialité musicale ; saluons surtout l’énigme de « Pour un tombeau sans nom » (Epigraphe II) et son caractère funambulique, de plus en plus liquide… Elle aussi d’une torpeur océane, envoûtante, lovée dans une marche plus affirmée néanmoins ; distinguons aussi la presque urgence plus narrative de l’Epigraphe III : « Pour que la nuit soit propice ». Toute en finesse, voire en lueurs crépitantes, parfois aveuglantes et fugaces, les Sœurs Labèque font vibrer dans la bonne résonance cet appel à la vie que Debussy proclame face aux reliefs antiques : du marbre silencieux, au mouvement des notes, c’est un hymne à la vie, en frémissements et évocations millimétrées, parfois en broderies qui conserve leur mystère suspendu. Le visuel de couverture est celui, rituel, énigmatique, d’un passage, entre ombre et lumière, entre paganisme primitif et antiquité revisitée. La conception globale de ce programme par lequel les deux sœurs pianistes reviennent à Deutsche Grammophon force l’admiration. CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2016. CD, compte rendu critique. INVOCATIONS, Katia & Marielle Labèque, pianos. Transcription originale pour deux pianos du Sacre du Printemps (1913) de Stravinsky. Six Epigraphes de Debussy, idem (1915) — 1 cd Deutsche Grammophon — enregistré au studio KML à Rome en mars et août 2016.

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30 novembre

Concert des jeunes Victoires de la musique aux Invalides

RADIO CLASSIQUE, jeudi 1er décembre 2016, 20h. Concert des Victoires de la Musique Classique, en une soirée prestigieuse en direct des Invalides, les lauréats révélations des Victoires de la musique classique 2016 offrent un récital exceptionnel, chacun dans sa catégorie : chant (soprano, ténor, baryton), violon, alto, trompette. Ici la jeunesse n’empêche pas le talent voire déjà, l’accomplissement … ainsi que le démontre deux jeunes voix parmi les artistes en vedette ce soir, et que classiquenews a déjà eu l’occasion de distinguer : voyez la mezzo-soprano agile, espiègle, d’un tempérament coloratoure taillé pour chanter Rossini – ce qu’elle a déjà réalisé : Elsa Dreisig, sémillante et palpitante Rosina dans la production du Barbier de Séville produit par l’Opéra de Clermont-Ferrand lequel l’avait préalablement sélectionné lors de son 24è Concours 2015. VOIR notre reportage vidéo exclusif sur le Concours international de chant de Clermont-Ferrand, comprenant un entretien avec la jeune Elsa Dresig, grande gagnante de la compétition française qui s’est déroulée en février 2015. Après Clermont-Ferrand, Elsa Dreisig a remporté consécration mondiale, le Premier Prix du Concours Operalia créé par Placido Domingo en juillet 2016 . Puis c’est le baryton Guillaume Andrieux auquel à Tourcoing, Jean-Claude Malgoire donnait sa chance pour le rôle titre de Aben Hamet (mars 2014), opéra révélé du très académique Théodore Dubois d’après Chateabriand (Les Abencérages), puis pour le rôle de Pelléas dans Pelléas et Mélisande de Debussy également à Tourcoing aux côtés de la Mélisande de Sabine Devielhe (avril 2015)… Ce soir les deux jeunes chanteurs français affirmeront encore leur très beaux et convaincants tempéraments. ____________ RÉVÉLATIONS VICTOIRES DE LA MUSIQUE CLASSIQUE 2016 Paris, Cathédrale Saint-Louis des Invalides Jeudi 1er décembre 2016, 20h – réservez votre place Distribution : Elsa Dreisig, soprano Jérémy Duffau, ténor Guillaume Andrieux, baryton Camille Berthollet, violon Adrien Boisseau, alto Lucienne Renaudin-Vary, trompette Au programme : Florilège d’œuvres de Mozart, Donizetti, Rossini… La soirée aux Invalides réunit les jeunes artistes nommés ou sacrés Révélations de l’année 2016 par les Victoires de la Musique Classique. Les voix, les cordes et les vents sont donc à l’honneur avec ces interprètes sélectionnés en raison de leur talent précoce et déjà affirmé.




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30 novembre

VIDEO, entretien. Opéra de Tours : présentation de la saison 16-17 par Benjamin Pionnier, nouveau directeur

VIDEO, entretien. Opéra de Tours : présentation de la saison 16-17 par Benjamin Pionnier, nouveau directeur. Nouvellement nommé à la direction de l’Opéra de Tours, le chef d’orchestre Benjamin Pionnier présente les lignes artistiques de la saison 2016-2017, saison symphonique avec l’Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours, et saison lyrique (7 opéras). Benjamin Pionnier précise les orientations et les choix qui offrent à la nouvelle saison sa cohérence. Ayant une idée très précise de la sonorité finale ciblée, il s’agit d’enrichir encore le travail avec les musiciens de l’orchestre symphonique grâce à un choix de répertoire renouvelé (poèmes symphoniques, compositeurs anglais du début du XXè ou Stravinsky..). ; les jeunes publics ne sont pas oubliés (concerts bébé concerts pour les Petites Oreilles), comme concernant les opéras programmés, Benjamin Pionnier a sélectionné un cycle révélant la forte personnalités de metteurs en scène dans des oeuvres inédites à Tours (Russalka, L’Homme de la Mancha…). Entretien vidéo © studio CLASSIQUENEWS.TV — réalisation : Philippe Alexandre PHAM 2016 LIRE aussi notre présentation des temps forts de la nouvelle saison 2016 – 2017 de l’Opéra de Tours ____________________ Opéra de Tours, saison lyrique 2016 – 2017. Présentation générale et temps forts de la saison opéra à Tours sous la conduite de son nouveau directeur, le chef d’orchestre, Benjamin Pionnier. Si l’on voulait dégager une ligne artistique principale, la nouvelle saison lyrique tourangelle met l’accent sur les grandes amoureuses tragiques et passionnées, telle Lucia, Tosca, Russalka, sans omettre la délicieuse Lakmé. C’est de toute évidence, l’affirmation au Grand Théâtre de Tours, du répertoire autant lyrique que symphonique, car ici, Puccini, Dvorak, ou Delibes affirment, chacun idéalement, un sens de la couleur et des atmosphères phénoménal. Pour servir ces choix prometteurs, l’Opéra accueille quelques grandes divas de l’heure, sans omettre la coopération toujours active de l’orchestre maison, l’OSRCVLT – Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours, invité à défendre des partitions orchestralement passionnantes… Pas moins de 7 propositions lyriques à venir en 2016 – 2017, à partir de septembre 2016 à l’Opéra de Tours qui propose ainsi, d’abord en ouverture de saison nouvelle, un somptueux récital lyrique mettant en avant l’une des divas françaises les plus bouleversantes de l’heure (et ces dernières années étrangement absente du paysage hexagonal), la soprano coloratoure Annick Massis. L’équipe de Classiquenews se souvient de son éblouissante Traviata à Liège (VOIR notre reportage vidéo exclusif) : incandescence des phrasés d’une finesse absolue, technicité coloratoure parfaite, surtout instinct et style vocal d’une irréprochable vérité : des qualités aussi exceptionnelles que rares qui font de “La Massis”, l’une des dernières divas belcantistes de notre siècle avec … Edita Gruberova. La diva a tout aujourd’hui pour convaincre et éblouir et c’est un récital événement qui se profile ainsi à Tours, le vendredi 16 septembre 2016 , 20h (Airs d’opéras de Donizzetti, Bellini, Rossini, Massenet, Debussy… sous la direction de Benjamin Pionnier). EN LIRE +

La lettre du musicien (Comptes rendus)

30 novembre

Henri Dutilleux fêté à Nancy

Le compositeur aurait eu cent ans le 22 janvier dernier. L’ensemble Stanislas, en collaboration avec le centre culturel André-Malraux à Vandœuvre, l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy et le conservatoire du Grand Nancy, célébrait, du 24 au 28 novembre, ce centenaire à travers concerts, conférences, lectures et projection.Salle Poirel, le violoniste Laurent Causse, accompagné par l’orchestre nancéen que dirigeait Mark Shanahan, interprétait le nocturne Sur le même accord, dans un programme complété par Le Festin de l’araignée de Roussel et la Symphonie n°5 de Schubert. Laurent Causse, à la fois membre de l’Orchestre et de l’ensemble Stanislas, a donné une interprétation convaincante de la partition de Dutilleux. Le lendemain, le centre culturel André-Malraux consacrait une journée entière au compositeur, devenu un classique de son vivant. Pierre Gervasoni, auteur d’une monumentale biographie de Dutilleux, donnait une conférence passionnante et détaillée sur sa vie et son œuvre, suivie d’un documentaire de Vincent Bataillon éclairant la collaboration artistique entretenue entre Dutilleux et le quatuor Rosamonde. Le pianiste Jeffrey Nau, Laurent Causse et le quatuor Stanislas, qui travailla et enregistra sous la direction du compositeur, clôturaient cette journée en musique avec la sonate pour piano, Ainsi la Nuit et Mon choix le plus doux, une création de Bernard de Vienne, commande du centre culturel, en hommage au maître. Le lundi, le musicologue Jean-Paul Montagnier (université de Lorraine) donnait une conférence sur la Sonate pour piano de Dutilleux, illustrée musicalement par Jeffrey Nau. Le quatuor Stanislas redonnait Ainsi la nuit dans le cadre d’un concert-lecture et les professeurs du conservatoire clôturaient ces quatre journées par un concert dédié à la musique de chambre de Dutilleux, mêlant la Sonatine pour flûte et piano, Figures de résonance pour deux pianos, les Trois Préludes pour piano, Sur le même accord, cette fois-ci dans sa version pour violon et piano, et, comme par une naturelle filiation, la Sonate pour violon et piano de Debussy. (24, 25 et 28 novembre)



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23 novembre

Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 21 novembre 2016. Prokofiev, Orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev.

Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 21 novembre 2016. Prokofiev, Orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev. En l’espace de deux soirées, Valery Gergiev fait le pari audacieux de donner l’intégrale des Concertos pour piano de Sergueï Prokofiev, avec la complicité de l’Orchestre du Mariinsky et de cinq solistes d’exception, presque tous lauréats du prestigieux Concours International Tchaïkovsky. Ce lundi 21 novembre 2016, le programme ne comptait donc rien de moins que les trois premiers Concertos, suivis de quelques extraits des célèbres suites du ballet Roméo et Juliette. Prokofiev est sans conteste l’un des compositeurs favoris du chef russe, qui lui a consacré de nombreux enregistrements déjà, et ne manque jamais de le mettre à l’honneur dans ses concerts. Une telle affiche nous promettait donc une soirée riche en émotions musicales. Nous ne fumes pas déçus. Légèrement claudiquant, mais toujours aussi charismatique, Gergiev rejoint le centre de la scène où l’attend son siège. Il dirigera assis l’ensemble des trois concertos. Et c’est le jeune pianiste américain George Li, âgé d’à peine 21 ans (et médaille d’argent au Concours International Tchaïkovsky en 2015), qui inaugure le concert au rythme du Concerto pour piano n° 1. Composé en 1912, considéré comme une des premières œuvres de maturité par Prokofiev lui-même, c’est lui qui va révéler le jeune compositeur au public russe. En trois parties enchaînées comme un seul mouvement, avec un thème unificateur parcourant l’ensemble de la pièce, l’écriture pianistique innovante déroutera plus d’un auditeur le soir de sa création. Et pour cause : même si l’on perçoit encore quelques réminiscences romantiques, notamment dans le lyrisme de l’Andante qui a un petit quelque chose de Rachmaninov, le style virtuose et percussif de Prokofiev est déjà bien présent. Après l’introduction majestueuse du thème fondateur, l’orchestre laisse place au piano qui déverse un flot ininterrompu de notes staccato. Le jeu fluide et naturel de George Li est remarquable, et l’équilibre avec l’orchestre est idéal : sans jamais prendre le dessus ou se laisser submerger, le jeune soliste inscrit directement la sonorité du piano dans celle de l’orchestre. Gergiev, fidèle à lui-même, dirige l’orchestre d’une main de fer. Les pizzicatos des cordes, parfaitement en place, font échos aux notes piquées du piano, tandis que dans les moments d’épanchements lyriques, l’orchestre fait preuve d’une puissance prodigieuse, sans jamais saturer le niveau sonore. La deuxième partie Andante, moins agitée dans le jeu pianistique, laisse s’exprimer les bois dont les interventions solistes parviennent à émerger distinctement de l’ensemble. Enfin, la troisième partie voit le retour à un style plus frénétique et nerveux. George Li, dont la technique est toujours aussi solide, enchaîne les sauts de main au-dessus du clavier, qu’il parcourt intégralement de l’extrême grave à l’extrême aigu, pour clore avec brio ce concerto. C’est au russe Denis Matsuev (vainqueur du Concours Tchaïkovsky en 1998) qu’incombe la tache de jouer le redoutable Concerto pour piano n°2. Créé seulement un an après le premier, ce concerto suscita encore une fois la polémique auprès du public russe, déconcerté par les cadences diaboliques dédiées à l’instrument. Pourtant, c’est presque avec nonchalance que Denis Matsuev s’installe au clavier et commence à jouer. Avec une incroyable assurance, il s’empare de la partition et enchaîne les traits virtuoses. Le suive qui pourra, l’orchestre n’a qu’à bien se tenir ! Cependant, en dépit de sa technique indiscutable, on pourrait reprocher au soliste son jeu un peu trop personnel. Invariablement concentré sur son clavier, il n’accordera pratiquement pas un seul regard vers l’orchestre. Celui-ci donne l’impression de subir la cadence infernale du pianiste, et peine à trouver sa place. Malgré une densité des cordes incroyable, l’équilibre est plus fragile que dans le Concerto n°1, les bois ont parfois du mal à émerger de la masse et à rivaliser avec le jeu oppressant du piano. Bien sûr, c’est aussi la partition qui veut cela : l’écriture de Prokofiev, très dense et virtuose, est bien différente de celle de son premier concerto. Malgré tout, on aurait souhaité un peu plus de subtilité dans le jeu du pianiste, notamment dans la cadence du premier mouvement où il atteint très vite une saturation sonore sans s’en départir par la suite. Matsuev, déchaîné, finit presque debout ce passage diabolique, et on en vient à pousser un soupir de soulagement lorsque l’orchestre le rejoint, et lui laisse enfin reprendre son souffle. Mais ce n’est que partie remise : le deuxième mouvement, très court, n’est rien d’autre qu’un flot perpétuel de doubles croches au piano, tandis que l’Intermezzo, faisant office de troisième mouvement, a comme des accents de La Danse des chevaliers de Roméo et Juliette, avec son rythme pesant de marche, martelé à la grosse caisse. Enfin, le Finale fait entendre un thème typiquement russe, dans lequel soliste et orchestre retrouvent un équilibre malmené au premier mouvement. À peine Matsuev a-t-il plaqué les dernières notes sur le clavier qu’il est déjà debout, et fonce serrer chaleureusement la main du chef. Mais ce avec tant d’énergie qu’il manque de faire tomber le maestro de son estrade ! Suite à ce morceau de bravoure, on comprend pourquoi il aura fallu trois pianistes différents pour interpréter les concertos ce soir. Après l’entracte, le public assiste stupéfait à l’entrée en scène du dernier soliste : car c’est un jeune garçon d’à peine quinze ans qui s’installe au clavier pour nous interpréter le Concerto n° 3 ! Alexander Malofeev, jeune prodige du piano, a remporté en 2014 le premier prix et la médaille d’or au Concours International Tchaïkovsky pour jeunes pianistes. Armé d’une sérénité à toute épreuve, il exécute la partition avec une technique impressionnante. Le piano, plus lyrique que dans le concerto précédent, dialogue joyeusement avec l’orchestre, dont les montées en puissance sont parfaitement menées par le chef attentif. Le deuxième mouvement enchaîne un thème et des variations, tantôt rêveuses, tantôt tempétueuses, et à l’instar des œuvres précédentes, le concerto se termine avec un dernier mouvement vertigineux. Malofeev salue timidement le public, mais se prête déjà volontiers au jeu des rappels. Tout comme ses confrères, qui nous ont chacun gratifié d’un (voire de deux !) bis à la fin de leur concerto, le jeune prodige se lance dans le premier mouvement de Gaspard de la nuit de Ravel, sous l’œil bienveillant de Valery Gergiev. Fluide, délicat, impeccable, mais peut-être un peu trop mécanique. Encore quelques années, et le jeu du jeune russe aura atteint toute la maturité nécessaire pour interpréter brillamment l’ensemble du répertoire pour piano. Le concert se termine avec quelques extraits des Suites n°1 et 2 du ballet Roméo et Juliette. On ne compte plus les fois où Valery Gergiev a interprété ces pièces, et c’est presque une formalité de les donner en concert ce soir. Dès que retentissent les premiers accords dissonants, il ne fait aucun doute que le chef connaît cette musique sur le bout des doigts. Il anticipe chaque réaction des musiciens, et met en lumière chaque détail de l’orchestration. Dans le célébrissime morceau opposant Montaigu et Capulet, l’orchestre donne pleine mesure de sa puissance, avec des cuivres époustouflants et des contrastes de nuances saisissants. La pièce se poursuit avec la sérénité d’une mélodie au basson, évoquant le personnage de Frère Laurent. Puis le Jeu des masques fait entendre un thème joyeux passant allègrement d’un instrument à l’autre, tandis que les lamentations des cordes traduisent la détresse d’un Roméo au tombeau de Juliette. Enfin, toute la tension dramatique se retrouve dans la Mort de Tybalt, où Gergiev maîtrise les silences de manière magistrale, apportant au morceau un effet des plus théâtral. Quel maestro ! Après une ovation du public amplement méritée, c’est avec de la musique française que le chef russe décide de terminer la soirée. Une fois le silence revenu dans la salle, la première flûte entame le thème du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. La féérie de la pièce est la bienvenue après la tempête Prokofiev. Malheureusement, même si l’orchestre nous propose des sonorités intéressantes, le tempo est bien trop lent : on souffre pour les vents qui s’essoufflent, et le tout n’avance pas, même dans le point culminant de l’œuvre où la musique peine à décoller. Les cors, sans doute fatigués, laissent transparaître quelques faiblesses dans la justesse, tandis que le vibrato du violon solo est trop nerveux pour l’univers langoureux du faune. Sans compter les interventions « parasites » de Gergiev qui, comme souvent, ne peut s’empêcher de chanter en même temps qu’il dirige ! Quel dommage, donc, de finir ainsi un concert qui jusque-là, frôlait la perfection. Mais on ne tiendra pas rigueur, ni au chef ni aux musiciens, de ce bis un peu faible, tant ils nous ont proposé un programme de qualité tout au long de la soirée. Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie – Grande salle Pierre Boulez, le 21 novembre 2016. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré bémol majeur op. 10, Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur op. 16, Concerto pour piano et orchestre n°3 en do majeur op. 26, Roméo et Juliette – extraits des Suites n°1 et 2. Orchestre du Mariinsky, Valery Gergiev (direction), George Li (piano), Denis Matsuev (piano), Alexander Malofeev (piano).

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